Comptines

I
Il y a une drôle de petite fusée qu’est tombée dans mon thé.
Comme je vais pour l’attraper, elle fait des drôles de saletés et rentre dans une drôle de pomme.
Dans la pomme il y a un drôle de petit bonhomme qui se bat avec les vers avec son drôle de fusil laser. Il en met partout. Ça fait une drôle de compote sur la table et sur les murs. C’est drôlement rigolo. Je le prends dans ma main, il fait une drôle de tête, montre ses drôles de dents, et puis il me mord le doigt. Mais ça fait drôlement mal ! Je le jette par la fenêtre. Il y a un drôle d’oiseau qui passait qui l’a mangé. Drôlement bien fait.

II
Dans mon chocolat je trempe le pain, il prend son bain. Il pète dans l’eau, c’est tout chaud. Je mets du beurre, ça fait des fleurs pour les poissons. Je mets du miel c’est du soleil pour les sirènes. C’est la tempête. Il y a des éclairs et des bateaux qui vont sous l’eau. Mais j’ai faim et je mange l’océan et tout ce qu’il y a dedans.

III
Ohé du bateau !
Ohé les poireaux !
On aimerait prendre l’eau.
Bah, attendez la pluie.
On voudrait voyager.
On vous mène au marché.
C’est comment l’océan.
C’est liquide et salé.
C’est comment les poissons ?
C’est comme les petits oignons.
Et le corail au fond des lagons ?
C’est comme des carottes avec du jus de citron.
Ah bon ? Et les baleines ?
C’est des grosses patates. Elles se grattent les fesses et pètent en l’air.
Et les vagues ?
C’est la cuillère qui tourne qui tourne qui tourne et ça déborde.
On voudrait naviguer.
Vous flottez déjà au fond de mon estomac. Et j’ai envie de faire caca.

IV
Quand il n’est pas bien dans sa tête, petit Paul voudrait changer de peau. Il se trouve ou trop gros ou trop maigre. Les yeux trop doux, sourire idiot. Pas comme il faut. Ce qui serait bien, c’est une fermeture éclair. Il pourrait sortir de lui-même et choisirait. Il y aurait un grand placard et suspendues à des cintres, des milliers de peaux (peut-être plus). Il s’habillerait enfin comme il veut. Mais c’est le problème, il ne sait pas ce qu’il veut, petit Paulo !
Il y aurait mieux : une peau qui changerait selon l’humeur, une peau de caméléon ? Quelque chose dans ce genre : quand il serait avec ses copains costauds, il aurait des biceps et des mollets, des barres de chocolat abdominaux. Avec Léonie, petite amie, la carcasse émincée d’un romantique échevelé. Avec grand-mère, le corps joufflu et l’air prudent d’un premier de la classe au premier rang. Et s’il croisait des musiciens, il serait tout noir ou tout tatoué, les cheveux longs le crâne rasé ?
Il réfléchit. Non, ce n’est pas vraiment ce qu’il voudrait. Il préfère penser à une peau confortable. Une peau qui lui irait comme un gant, sans boutons, sans démangeaisons. Une peau où se réfugier comme un cocon.
Maman voit bien que ça ne va pas. Elle le prend dans ses bras. Il fond. Mais il est trop grand, ce n’est plus un bébé. Alors il garde sa peau et décide d’affronter la vie, le vent, de rencontrer les gens.
Car ce qui compte en fait, c’est ce qu’il a dans la tête. Et dans sa tête, il y a tout ce qu’il faut pour changer de peau.