la princesse Proutprout

la princesse Proutprout

 

C’est une petite princesse. Avec un gros derrière. Et chaque fois qu’elle avance, elle pète.

Ça fait prout prout prout.

C’est pour ça qu’on l’appelle Princesse prout prout.

 

Mais ça désole ses parents : le Roi Caca et la Reine Pipi.

Ils se disent que ça ne va pas être simple pour la marier, la Princesse Proutprout.

 

« Si on faisait une grande fête dans les toilettes du palais » dit la Reine Pipi au Roi Caca ?

Ça c’est une idée. Ils font la liste de leurs voisins couronnés célibataires.

Il y a le Prince Bouche-qui-pue et le Prince Sent-mauvais-des-pieds.

Il y a le Prince Rote-rote et le Prince Rillettes-en-aisselles.

Il y a les deux frères, Prince Gras-partout et Prince Vautré-dans-la-boue.

Le Prince Dents-pourries et le Prince Boutons-qui-giclent.

Le Prince Vomi et le Prince Croûtes-liquides.

Ça fait un bon paquet d’invités.

 

Pendant qu’ils font la liste, la Princesse Proutprout se promène dans les allées du jardin.

Elle aime sentir les roses et les lilas.

A chaque fois qu’elle se baisse, à chaque pas, ça fait prout, prout prout.

Et quand elle revient, les fleurs sont toutes fanées. Ça la rend bien triste et mélancolique.

 

Ses parents lui montrent la liste.

« Mais ils sont affreux ! C’est pas ça que je veux !  »

Elle monte en courant pleurer dans sa chambre : elle hoquète sur son lit et ça fait prout prout prout partout en petits nuages dans la pièce.

Il y a des petits oiseaux à la fenêtre, ça les rend malheureux.

Ils font cuicui, cuicui, d’un air interrogatif derrière la vitre.

Elle les entend : qu’ils sont jolis ! Mais quand elle ouvre la fenêtre, ils tombent tous à la renverse.

Alors elle ferme les carreaux, les volets et retourne pleurer sur son lit.

 

Elle a pleuré longtemps, il fait bien nuit.

Les parents ça les énerve, ces manies de petites filles gâtées.

Ils sont derrière la porte, dans le noir : « Ma petite Proutprout, tu deviens grande, il est plus que temps de te trouver époux, tirelou !  » dit la Reine Pipi.

Le Roi Caca surenchérit : « On fera un concours de poésie et le gagnant ce sera ton mari, et c’est comme ça et pas comme ci !  »

Il ouvre la porte, mais tout est dans un grand nuage très sombre, on entend juste les sanglots de la Princesse qui fait prout prout en pleurnichant.

Il craque une allumette pour y voir un peu clair et c’est L’EXPLOSION !

 

Dans un Prout énorme, comme une montgolfière, la Princesse fuse dans les airs.

 

Dans les décombres, le Roi Caca, la Reine Pipi, sont miraculeusement indemnes, juchés l’un l’autre sur la cuvette des toilettes.

Ils ont un peu rangé, déblayé. Ils se sont fait un lit dans les cabinets (le seul endroit avec un toit). Ils ont remplacé la balayette par une fleur artificielle – c’est plus coquet.

Ils ont eu des courbatures. Ils se sont grattés la tête sous leurs couronnes pleines de plâtres et de gravas.

La Reine Pipi a dit : « c’est vrai que sans notre progéniture, nous sommes plus tranquilles, (et ça sent presque bon), mais qui prendra soin de nos vieux jours ?  » Le Roi Caca a juste hoché la tête : « C’est vrai qu’elle me manquerait presque ma petite pépète !  » (c’était le nom qu’ils lui donnaient quand elle était petite).

Ils ont bien réfléchi.

Ils ont repris la liste des invités et décidé de lancer un édit – ils écrivent sur du papier toilette car ils n’ont plus de papier à lettres.

Edit donc :

 » A tous nos valeureux voisins, Bonne affaire à faire ! Nous offrons notre château (sauf les toilettes) – petits travaux à prévoir -, notre bénédiction et l’honneur de s’occuper de nos vieux os avec la main de notre fille, la splendide Princesse Proutprout, à qui la retrouvera – portrait si joint – (c’est un portrait en buste, on ne voit pas le gros derrière et il n’y a pas d’odeur ; elle est plutôt mignonne malgré son teint verdâtre) ».

Ils ont collé des timbres, à la fin, ils n’avaient plus de salive.

Et des gros boutons blancs avec des taches violettes et des pustules rouges sur la langue.

Ils ont posté les lettres, un gros sac plein d’enveloppes.

Et puis ils ont soufflé, ça a fait plein de poussière.

Ils ont toussé et sont partis se coucher bien fatigués dans leur cabinet particulier. On les entend ronfler.

 

Pendant ce temps, la Princesse Proutprout voit du pays.

Elle est toute surprise de son nouveau moyen de locomotion.

Elle traverse les airs et tout est petit en bas, les moutons, les vaches et les cochons.

Elle franchit des montagnes, des rivières mais au-dessus d’une forêt, il y a quelques ratés : ça fait « prout prout pet pet pet » mais des tout petits « pet pet » alors ! Et pouf ! elle tombe dans un grand chêne moussu. Elle ne s’est pas fait mal. Elle a juste fait un gros prout pour amortir la chute.

Au-dessus d’elle, deux gros yeux qui font Hou Hou !

De surprise elle fait un pet et puis un autre, ça n’arrête plus. Ça la propulse en petits bonds.

Pet pet pet prout prout prout.

Le volatile à la renverse bat des ailes et la mauvaise odeur envahit la forêt en gros nuages verdâtres.

Ça fait partir à toute vitesse (dans le sens du vent) les petites et les grosse bêtes des bois.

Les sangliers, les rhinocéros, les biches, les daims, les renards, les blaireaux, les loups, les hérissons, les girafes, les hyènes, les phacochères.

Et jusqu’aux vers de terre qui se trémoussent en plongeant dans la mousse.

Ah ce que ça pue !

Il ne reste qu’un putois. Un très beau putois un peu gras.

Il est très très content de la nouvelle atmosphère. Il est tout joyeux.

Il chante même, (c’est bizarre ce putois qui chante) :

« Plus ça pue, et plus j’aime ça, vraiment, vraiment, j’aime quand ça pue, et là ça pue beaucUp ! ».

Ce n’est pas une chanson très poétique, mais l’air est entraînant. Il danse en faisant des petits sauts.

 

Les autre bêtes se sont ruées hors de la forêt.

C’est la panique, elles dévastent tout sur leur passage, avec leurs griffes, leurs dents, leurs sabots : un vrai carnage.

Et quand ça sent moins, elles s’arrêtent et soufflent un peu, mais ça ne va pas très bien. Elles ont toutes la colique.

Du coup, les voisins de la Reine Pipi et du Roi Caca sont plutôt agacés et tout contents de trouver dans leurs boîtes à lettres cette proposition d’avoir un nouveau château.

Mais d’abord, ils doivent retrouver Princesse Proutprout. Alors ils partent. Ils suivent l’odeur. Mais comme ils approchent de la forêt, ça pue de plus en plus et c’est dur de résister.

Ils ont chacun leurs méthodes pour échapper à l’odeur (ils ne supportent que la leur).

Bouche-qui-pue s’est mis un mouchoir sale sur le nez.

Sent-mauvais-des-pieds marche la tête, le dos penchés en agitant des orteils.

Ça fait des courants d’air mauvais mais moins que les nuages de pets.

Rote-rote a le nez dans la bouche.

Rillettes-en-aisselles est tout tordu, il avance la tête enfouie dans ses bras tout gluants.

 

Gras-partout et Vautré-dans-la-boue sont les premiers à renoncer : Un château neuf (c’est ce qu’ils croient), finalement, ça ne les intéresse pas vraiment. Ils préfèrent rester patauger dans les ruines de leur bourbier qui pue, mais moins que ça. Et puis ils ont de nouveaux copains avec les hyènes et tous les cochons sauvages de la forêt. Ils font des concours de taches et de saletés. Mais pas de concours de pets. Ça, ils sont dégoûtés pour longtemps.

 

Dents-pourries s’arrête aussi : au bout d’un moment, elles sont toutes tombées ses dents, Il les a semées comme des petits cailloux. Alors quand la dernière tangue et dégringole, il ouvre grand la bouche et s’en recouvre le nez. A l’intérieur, ça sent presque normal.

Mais pas dehors : il est tout vert d’un coup et repart en courant.

Boutons-qui-giclent presse sur les grumeaux qu’il a sur la peau, mais ça gêne ses voisins, ça les fait glisser, tomber dans la boue cacateuse. Ils finissent par s’énerver et le renvoient chez lui à grands coups de pieds dans le derrière. Après ils doivent nettoyer leurs souliers, mais bon, ils avancent.

Le Prince-Vomi finit par disparaître dans une grande flaque qu’il a produit.

Et Croûtes-liquides aussi, à force de se gratter.

Alors, il ne reste que Bouche-qui-pue, Sent-mauvais-des-pieds, Rote-rote et Rillettes-en-aisselles.

Ils se regardent en chiens de faïence à l’orée du bois. Ils vont se battre.

C’est Rote-rote qui commence.

Il lance un rot cri de guerre énorme qui passe au-dessus de Sent-mauvais-des-pieds (la tête penchée) et frappe en plein dans l’oreille Rillettes-en-aisselles qui par réflexe tourne la tête (« oulala j’entends plus rien ! »). Du coup l’odeur le prend à la gorge, à l’estomac, il se tord et gesticule. Il se débat si bien qu’il parvient à plonger un orteil vengeur dans la narine de son agresseur.

Rote-rote éternue, et s’en est fait de lui. A son tour il tressaute. Il fait des petits rots qui voltigent désordonnés, assourdissants.

L’un deux frappe en plein dans le derrière de Sent-mauvais-des-pieds qui roule et se retrouve coincé, les orteils dans le nez. Il ne peut plus bouger.

Et Bouche-qui-pue en profite pour lui donner un coup de pied. Du coup il roule, roule. Ses orteils finissent par se dégager des narines et l’odeur le prend à son tour. Ça fait mal. Il revient à l’assaut comme un bélier.

Rote-rote fait voler un gros rot derrière lui (il galope en zigzags). Le rot est imprécis mais soulève quand même le mouchoir sale de Bouche-qui-pue qui se fige d’un coup en petits sauts sans respirer.

Sent-mauvais-des-pieds lui plonge la tête dans le nombril.

Rillettes-en-aisselles coince la face de Rote-rote sous son bras.

C’est une belle bagarre, vraiment bien dégoûtante.

Comme ils essaient tous de retenir leur respiration au maximum, ils ne font pas beaucoup de bruit, et l’on entend très bien le « prout prout prout » de la Princesse qui s’ennuyait et qui vient voir ce qui se passe. Ils s’arrêtent et la regardent un peu surpris : ça les fait rire son gros derrière. Ils se moquent un peu, ils s’attendaient à mieux.

Mais bon, Princesse Proutprout à gros derrière (et ses parents dans leurs vieux jours) pour un château tout neuf (ce qu’ils croient encore), ça vaut bien le coup, non !

« Mais qu’est-ce que vous racontez ? » demande la Princesse.

« C’est un marché : le Roi Caca, la Reine Pipi t’échangent avec un château contre le soin de leur santé ».

Bouche-qui-pue, Rote-rote, Sent-mauvais-des-pieds et Rillettes-en-aisselles s’avancent ensemble en se pinçant le nez (ils se sont mis d’accord pour une copropriété).

Ils vont saisir la pauvre pauvre Princesse Proutprout, clouée sur place d’angoisse devant leurs vilaines trognes menaçantes !

Mais elle se révolte : « Je ne suis pas d’accord ! Je suis libre de mon être et de mon corps ! »

Là-dessus, elle fait un pet gigantesque qui la propulse au-dessus d’eux.

Ils sont stupéfaits et contemplent horrifiés le nuage parfumé qui descend lentement, inexorablement.

Ils sont pris dans la buée, pétrifiés, asphyxiés. C’en est fini pour eux.

 

Princesse Proutprout est terriblement malheureuse, elle s’arracherait les cheveux si ça faisait moins mal.

Elle fait des petits pets dans la forêt en sanglotant. « Je suis toute seule ! Personne ne m’aime et mes parents m’ont vendue à d’horribles horribles gens ! (C’est méchant !) ».

Elle pleurniche ainsi longtemps jusqu’à ce qu’une douce voix derrière un arbre l’interrompe.

« Mais t’es pas seule à être seule, Princesse au gros derrière ! Je suis là moi ! ».

Elle le découvre : « un putois ? ». (C’est le putois qui chantait, vous l’avez compris).

« Eh oui ! C’est moi le putois ! Qui pue comme toi ! Tout le monde m’évite ! Mais avec toi, je lévite. J’aime ton odeur et tu as pris mon coeur ! ».

Ce n’est pas un fameux poète, on l’a déjà vu, mais il a beaucoup d’enthousiasme et le mérite de tarir les larmes de Princesse Proutprout.

Elle sourit. « T’es un rigolo, toi ! ». « Je m’appelle Igor ».

Il se frotte contre ses jambes. Ça la surprend, on ne lui a pas témoigné beaucoup d’affection jusque-là.

Elle émet un petit pet et le voilà qui danse de joie !

Bah alors ça ! Elle danse avec lui.

C’est très musical, ils font prout prout prout et de très jolis pouèt pouèt. Ça les fait beaucoup rire. A la fin de la danse, elle est tellement contente ! Elle le prend dans ses bras, le cajole et lui fait un petit bisou sur la joue : « T’es chouette Igor ».

Badaboum ! Il se transforme ! « On m’avait jeté un sort et tu m’en as délivré ! »

C’est devenu un ogre énorme avec de grandes dents et un gros ventre.

Il est tellement fort et grand qu’on ne voit plus du tout le gros derrière de la Princesse Proutprout. On voit seulement qu’elle a la taille fine. Et il sent presque aussi mauvais. Ils vont très bien ensemble.

Elle est amoureuse et lui aussi.

Elle lui demande : « Si on rentrait chez moi ? ». Il lui prend la main : « D’accord d’accord ! Allez, viens ! J’ai faim ! »

Il l’emporte avec lui.

Il mange en quantité les animaux de la forêt chez les voisins. Il est content.

Ils arrivent au château du Roi Caca et de la Reine Pipi, les parents de Princesse Proutprout.

Elle voit que tout est démoli.

Ça l’inquiète un peu, mais en un tour de main, Igor arrache les arbres de la forêt : il a tôt fait de leur construire une confortable cabane.

Elle se demande où sont passés ses mauvais parents. Ils cherchent cherchent et finissent par les trouver dans leur lit sur les toilettes.

Ils sont tout verts avec des taches blanches, et bien morts.

Princesse Proutprout a de la peine, c’était quand même ses parents, même s’ils étaient méchants.

Igor lui prend délicatement l’épaule de sa grosse main poilue, et de l’autre il tire la chasse : le Roi Caca et la Reine Pipi disparaissent en un bref tourbillon.

« C’est la vie ! Tout a une fin ma belle enfant ! »

Il l’embrasse et sèche ses pleurs.

Ils vivront heureux avec beaucoup d’enfants.

FIN